ACUPUNCTURE

  Écrit par Dr JGaël Renard   
 

L’Acupuncture est bien connue maintenant en occident où elle s’est généralisée. Cette médecine d’origine chinoise s’occupe des maladies sous l’angle de l’équilibre énergétique, du corps en lui-même et de la relation de ce corps avec l’environnement. Si la théorie chinoise qui guide son approche est souvent difficile à comprendre, les découvertes de quelques uns de ses fonctionnements sous l’angle neurophysiologique, neurobiologique, neuropharmacologique a permis de faire adopter cette médecine par l’OMS, Organisation mondiale de la Santé, comme une méthode fiable et efficace.  
L’acupuncture chinoise s’est fait connaître comme une pratique médicale ancestrale basée sur la stimulation de points. On compte plus de 700 points (traditionnellement 365, un pour chaque jour de l’année, auxquels s’ajoutent de nombreux points hors des méridiens) à la surface du corps. Sont-ils uniquement en surface? Non, la résonance interne d’un point plonge à plusieurs centimètres en profondeur, et les niveaux de poncture se font en fonction de cette profondeur. Quand on presse un point, le sujet doit sentir qu’on écrase un nerf ou une sensation assimilée, que ça résonne à l’endroit en question. Maintenant, cette sensation n’est valable que s’il n’existe pas un capiton graisseux conséquent qui éloigne les structures internes du point du doigt de l’acupuncteur!

Moins d’une centaine sont utilisés couramment, car il y a des points principaux qu’on emploie largement, presque chez tout le monde quelle que soit le déséquilibre énergétique, par exemple le 36E, sous le genou, vu leur action importante, constante et des points secondaires choisis pour leur proximité avec la douleur, mais qui n’ont d’intérêt que pour cela et qui seront spécifiques aux douleurs d’un patient particulier.

Il est intéressant de noter que cette notion de point thérapeutique a vu le jour sous plusieurs tropiques. Les hindous de la vallée de l’Indus avaient décrit voici plus de deux millénaires des points vitaux dont ils faisaient usage de combat, puis secondairement thérapeutique. Le Kalarippayat, art martial ancestral utilise ces points vitaux pour blesser l’adversaire, voire le tuer. On s’est aperçu que le massage de ces points vitaux avait des vertus thérapeutiques. On retrouve de nombreux points communs aux deux traditions chinoises et hindous quant à la localisation de ces points thérapeutiques. De là à penser qu’il y a une filiation de connaissance, il n’y a qu’un pas. L’acupuncture aurait très  bien pu s’inspirer des connaissances que les premiers moines bouddhistes indiens qui ont franchi l’Himalaya ont apporté en Chine. Les arts martiaux ont très vite détecté les points vitaux comme gage d’efficacité lors de leur percussion chez l’adversaire. Et ces points sont toujours les mêmes dans les différents arts martiaux et par suite sont ceux que l’on retrouve dans des indications thérapeutiques dérivés. Nous connaissons tous la sensation douloureuse que certains points procurent simplement en appuyant dessus, et le soulagement qui s’en suit si on insiste quelques minutes de pression forte, comme on le fait dans le Shiatsu.

Cependant, nous devons accorder à la Science Chinoise d’avoir tenté de coordonner ces connaissances de l’ordre d’une réflexologie à une science complexe, basée sur le Taoïsme. Le Yin et le Yang, les cinq éléments, les cycles énergétiques, l’interdépendance des systèmes et leur régulation par les aiguilles et les moxa se sont saisi de ces connaissances des points thérapeutiques pour en faire une médecine qui a survécu aux siècles allègrement, comme preuve de son efficacité. L’énergie « ch’i » Qi circule le long des 12 méridiens qu’elle parcourt à la queue leu leu en 24h. Les pathologies ont des biorythmes qui renvoient étonnamment à ces connaissances ancestrales : par ex la crise d’asthme nocturne et la plénitude du méridien poumon au milieu de la nuit. L’énergie varie aussi suivant les saisons, lesquelles vont aussi voir se révéler des pathologies saisonnières: L’allergie du printemps et la plénitude de la loge énergétique foie/vésicule biliaire… Ce que j’écris là n’est pas exactement le langage officiel de l’acupuncteur, je vulgarise, bien entendu.

La tradition chinoise fait remonter l’origine des connaissances de l’acupuncture aux empereurs mythiques, 黄帝 Huáng Dì, par ex; autant dire à l’Inconnaissance du Principe. Nous connaissons tous l’histoire de ce guerrier qui reçoit une flèche derrière la malléole externe, au dessus du talon, point d’acupuncture connu, 60 Vessie,  Kroun loun et qui se trouva « guéri » d’une sciatique. Le médecin traditionnel qui eut connaissance de cela conclut que le Koueï (démon) qui donne la sciatique dormait au niveau du talon. CQFD. Et ainsi, on chercha à savoir où le Koueï de telle ou telle maladie se cachait pour aller le tuer avec une flèche. Heureusement, la flèche s’est bientôt transformée en pique plus fine, au grand bénéfice du patient !
La circulation énergétique ne fut découverte que bien plus tard. Si l’on trouve des traces de l’usage d’aiguille d’acupuncture dès 250 de notre ère, le premier traité officiel concernant les pathologies selon l’acupuncture date du XIIIè siècle, environ. Neï Jing (ici). Là sont décrites les bases précises de ce qui fonda la grande acupuncture qui perdure encore aujourd’hui. Il s’agit d’un dialogue entre l’empereur jaune Huang Di et son médecin concernant plein de pathologies et conseils alimentaires et hygiéno-diététiques. A noter que la révolution culturelle chinoise des années soixante a voulu faire table rase de ces notions traditionnelles, en médecine comme ailleurs. Il est frappant de constater qu’aujourd’hui, l’enseignement de l’acupuncture est plus traditionnel à Paris qu’à Pékin. Pourquoi? Les enseignements de l’acupuncture Parisienne sont basés sur les traditions médicales qui ont fui la chine de Mao à Formose, Taï Peï, lesquelles sont restées proches de la tradition ancienne. Si bien qu’on se trouve devant des aberrations, l’usage de points d’acupuncture dans des indications que les connaissances modernes n’expliquent plus, dès lors qu’on ne réfère plus à la tradition, aux cinq éléments, au yin et au yang. On utilise des recettes de points suivant les indications d’un diagnostic à l’occidental, alors que le raisonnement traditionnel ne présume pas à l’avance des points que l’on va traiter pour une même indication apparente. Heureusement, les connaissances traditionnelles dans les campagnes chinoises, certes assez frustres, n’ont point cessé d’imprégner la culture paysanne. Gageons qu’avec le pragmatisme du peuple chinois, ces connaissances anciennes, utiles, reprendront la place qu’elles n’auraient pas dû perdre, si ce n’est pas déjà en bonne voie de réalisation. Nous ne reprendrons pas ici les planches anatomiques des points et des méridiens d’acupuncture que vous trouverez abondamment sur internet. Mais plutôt des notions récentes, neurophysiologiques qui éclairent sous un angle nouveau les mécanismes d’action thérapeutiques des points.

Comment « marche » l’acupuncture?

Ainsi, nous avons pu établir le lien entre les zones cutanées dont la stimulation permet d’agir sur un organe interne. Prenons le méridien « coeur ». Le méridien coeur part de la poitrine pour longer le membre supérieur sur son bord cubital jusqu’au petit doigt, précisément la zone de projection bilatérale d’une douleur d’infarctus du myocarde. Quelle intuition? Non, quelle observation plutôt a permis de faire cette connexion qui est due à la mise en commun des voies ascendantes dans la moëlle épinière des fibres qui viennent du myocarde, et des zones cutanées du nerf cubital, zone radiculaire C7-C8.

Autrement dit, pour faire des économies de réseau le système nerveux met dans les mêmes gaines nerveuses les informations qui viennent du coeur et de la peau de l’avant bras, bord cubital. Si bien qu’en agissant par la stimulation sur la peau, pour une certaine intensité, le cerveau ne sait plus si cela vient du coeur ou de la peau et allume toutes les zones concernées en même temps. D’où ces douleurs projetées, on dit plutôt référées qui font ressentir une douleur d’infarctus dans les épaules, les bras et avant bras, de façon bilatérale. Et a contrario, la stimulation des zones cutanées cubitales ont un effet sur le coeur. C’est pareil pour de nombreuses zones de douleurs référées à un organe particulier. Voilà qui est passionnant, non? Ces données ne prennent pas en compte la dimension énergétique telle que l’envisagent les chinois, mais permet de mieux comprendre comment ça fonctionne.
Quoiqu’il en soit, l’acupuncture fonctionne bien et mérite d’être appliquée à de nombreuses pathologies qu’elle entend traiter sans effet secondaire. En terme de la nosologie (catalogue des maladies) occidentale, citons : Le stress, l’anxiété, la dépression modérée, les troubles du sommeil, le sevrage tabagique, les douleurs rhumatologiques, qu’elles soient articulaires, tendineuses ou musculaires (trigger-points), les migraines, l’allergie, les pollinoses, l’eczéma, l’asthme, les verrues, les troubles de la ménopause, la stérilité fonctionnelle, les troubles digestifs, colopathie, la cystite interstitielle, accompagnement à la perte de poids et aux troubles du comportement alimentaire : hyperphagie, boulimie, anorexie. Je pique aussi le visage à visée esthétique. Le masque d’aiguilles semble avoir des effets positifs visibles, si j’en crois les patientes qui reviennent régulièrement pour en bénéficier. Le snobisme indiquait l’usage d’aiguilles en or, pour le faire ; ce n’est pas utile pour l’action que l’on veut obtenir. Par contre, des indications comme les ronflements ne m’ont jamais paru pertinentes, même si elles sont signalées dans les manuels anciens. Et puis d’ailleurs, les ronflements relèvent plutôt des appareils à pression positive qu’à tout autre chose, vu qu’ils exposent aux redoutables apnées du sommeil…

En terme de nosologie chinoise traditionnelle, on ne parle jamais de telle ou telle maladie, mais d’équilibre Yin-Yang ou de déséquilibre énergétique dans tel ou tel système, ou loge qui sont rapporté à des organes connus en fonction des cinq éléments : feu pour le coeur, intestin grêle, metal pour le poumon et gros intestin, bois pour le foie/vésicule biliaire, terre pour le pancréas et l’estomac, eau pour le rein/vessie comme attendu. En fait ces organes décrits dans le système chinois des cinq éléments renvoie à des fonctions énergétiques globales qui dépassent ce que nous autres occidentaux accordons comme fonction aux différents organes ainsi nommés. Par exemple la peau et ses pathologies appartiennent à la loge poumon ; mais les causes des déséquilibres peuvent très bien venir d’une loge adjacente, toutes étant inter connectées entre elles pour former un tout. Et c’est d’ailleurs habituel qu’un diagnostic énergétique doivent remonter le temps à travers plusieurs loges énergétiques, plusieurs éléments ou phases, le trouble passant d’un organe à un autre suivant un rapport dominant/ dominé ou bien nourrissant/ nourri. Ainsi, on parlera  par exemple d’un excès de yang dans la loge foie/vésicule biliaire susceptible d’attaquer l’énergie du poumon et provoquer de l’asthme, sachant que ces perturbations peuvent cheminer à travers les méridiens vers d’autres organes, d’autres loges énergétiques liées aux cinq éléments et les perturber également, à travers le temps. Les points d’équilibration seront choisis en fonction de l’action souhaitée, sur chaque méridien, il y a des points d’accélération et de freinage, ont dit tonification et dispersion : tempérer le yang de la vésicule biliaire et du foie, par ex. Et disperser le yang qui attaque les poumons. Toutes les pathologies dont les occidentaux établissent un diagnostic précis doivent être réévaluées en terme de l’énergétique Yin/Yang avant d’en établir un traitement précis. Cela dit, de nombreuses pathologies finissent par être traitées souvent par des points concordants quel que soit le patient et la saison, et nous ne sommes jamais très loin des formules toutes faites que certains enseignent en faisant abstraction de la subtilité énergétique théorique. Pour ma part, je suis un pragmatique et je retiens les points principaux qui fonctionnent le mieux, et complète avec les points accessoires au cas par cas. Comme disait Shivananda, une once de pratique vaut mieux qu’une tonne de théorie! Et mon expérience de 40 années (!) a sélectionné une pratique qui privilégie les valeurs sûres au détriment des valeurs théoriques plus ou moins démontrées. Je ne m’attarde pas sur la prise des pouls si j’ai déjà une idée précise des points que je dois travailler, par exemple. C’est mon expérience…