ACUPUNCTURE

Bien connue maintenant en occident où elle s’est généralisée, cette médecine d’origine chinoise s’occupe des maladies sous l’angle de l’équilibre énergétique, du corps en lui-même et de la relation de ce corps avec l’environnement. Si la théorie chinoise qui guide son approche est souvent difficile à comprendre, les découvertes de quelques uns de ses fonctionnements sous l’angle neurophysiologique, neurobiologique, neuropharmacologique a permis de faire adopter cette médecine par l’OMS, Organisation mondiale de la Santé, comme une méthode fiable et efficace.

Poncture d'aiguilles d'acupuncture au niveau de la peau
Poncture de points cutanés

L’acupuncture chinoise s’est fait connaître comme une pratique médicale ancestrale basée sur la stimulation de points. On compte plus de 700 points à la surface du corps. Moins d’une centaine sont utilisés couramment. Il est intéressant de noter que cette notion de point thérapeutique a vu le jour sous plusieurs tropiques. Les hindous de la vallée de l’Indus avaient décrit voici plus de deux millénaires des points vitaux dont ils faisaient usage thérapeutique. Le Kalarippayat, art martial ancestral utilise ses points vitaux pour blesser l’adversaire, voire le tuer. On s’est aperçu que le massage de ces points vitaux avait des vertus thérapeutiques. On retrouve de nombreux points communs aux deux traditions chinoises et hindous quant à la localisation de ses points thérapeutiques. De là à penser qu’il y a une filiation de connaissance, il n’y a qu’un pas. L’acupuncture aurait très  bien pu s’inspirer des connaissances que les premiers moines bouddhistes indiens qui ont franchi l’Himalaya ont apporté en Chine.

Cependant, nous devons accorder à la Science Chinoise d’avoir tenté de coordonner ses connaissances de l’ordre d’une réflexologie à une science complexe, basée sur le Taoïsme. Le Yin et le Yang, les cinq éléments, les cycles énergétiques, l’interdépendance des systèmes se sont saisi de ces connaissances des points thérapeutiques pour en faire une médecine qui a survécu aux siècles allègrement, comme preuve de son efficacité. L’énergie « ch’i » Qi circule le long des 12 méridiens qu’elle parcours à la queue leu leu en 24h. Les pathologies ont des biorythmes qui renvoient étonnamment à ces connaissances ancestrales : par ex la crise d’asthme nocturne et la plénitude du méridien poumon au coeur de la nuit. L’énergie varie aussi suivant les saisons, lesquelles vont aussi voir se révéler des pathologies saisonnières: L’allergie du printemps et la plénitude de la loge énergétique foie/vésicule biliaire… Ce que j’écris là n’est pas exactement le langage officiel, bien entendu. La tradition chinoise fait remonter l’origine des connaissances de l’acupuncture aux empereurs mythiques, autant dire à l’Inconnaissance du Principe. Nous connaissons tous l’histoire de ce guerrier qui reçoit une flèche derrière la malléole externe, au dessus du talon, point d’acupuncture connu, 60 Vessie,  Kroun loun et qui se trouva « guéri » d’une sciatique. Le médecin traditionnel qui eut connaissance de cela conclut que le Koueï (démon) qui donne la sciatique dormait au niveau du talon. CQFD. Et ainsi, on chercha à savoir où le Koueï de telle ou telle maladie se cachait pour aller le tuer avec une flèche. Heureusement, la flèche s’est bientôt transformée en pique plus fine, au grand bénéfice du patient !
La circulation énergétique ne fut découverte que bien plus tard. Le premier traité officiel concernant l’acupuncture date du XIIIè siècle, environ. Neï Jing (ici). Là sont décrites les bases précises de ce qui fonda la grande acupuncture qui perdure encore aujourd’hui. A noter que la révolution culturelle chinoise des années soixante a voulu faire table rase de ces notions traditionnelles, en médecine comme ailleurs. Il est frappant de constater qu’aujourd’hui, l’enseignement de l’acupuncture est plus traditionnel à Paris qu’à Pékin. Pourquoi? Les enseignements de l’acupuncture Parisienne sont basés sur les traditions médicales qui ont fui la chine de Mao à Formose, Taï Peï, lesquelles sont restées proches de la tradition ancienne. si bien qu’on se trouve devant des aberrations, l’usage de points d’acupuncture dans des indications que les connaissances modernes n’expliquent plus, dès lors qu’on ne réfère plus à la tradition, aux cinq éléments, au yin et au yang. Heureusement, les connaissances traditionnelles dans les campagnes chinoises, certes assez frustres, n’ont point cessé d’imprégner la culture paysanne. Gageons qu’avec le pragmatisme du peuple chinois, ces connaissances anciennes, utiles, reprendront la place qu’elles n’auraient pas dû perdre, si ce n’est pas déjà en bonne voie de réalisation.

Nous ne reprendrons pas ici les planches anatomiques des points et des méridiens d’acupuncture que vous trouverez abondamment sur internet. Mais plutôt des notions récentes, neurophysiologiques qui éclairent sous un angle nouveau les mécanismes d’action thérapeutiques des points. Ainsi, nous avons pu établir le lien entre les zones cutanées dont la stimulation permet d’agir sur un organe interne. Prenons le méridien « coeur ». Le méridien coeur part de la poitrine pour longer le membre supérieur sur son bord cubital jusqu’au petit doigt, précisément la zone de projection d’une douleur d’infarctus du myocarde. On parle de douleur référée, alors que la douleur projetée concerne par ex la sciatique, un nerf sciatique pincé par la hernie discale et la douleur a distance est « projetée ». Quelle intuition? Non, quelle observation plutôt a permis de faire cette connexion qui est due à la mise en commun des voies ascendantes dans la moëlle épinière des fibres qui viennent du myocarde, et des zones cutanées du cubital, C7-C8. Autrement dit, pour faire des économies de réseau le système nerveux met dans les mêmes gaines nerveuses les informations qui viennent du coeur et de la peau de l’avant bras, bord cubital. Si bien qu’en agissant par la stimulation sur la peau, pour une certaine intensité, le cerveau ne sait plus si cela vient du coeur ou de la peau et allume toutes les zones concernées en même temps. D’où ces douleurs référées (plutôt que « projetées ») qui font ressentir une douleur d’infarctus dans les épaules, les bras et avant bras, de façon bilatérale. Et a contrario, la stimulation des zones cutanées cubitales ont un effet sur le coeur, en terme d’accélération freinage. Voilà qui est passionnant, non?
Quoiqu’il en soit, l’acupuncture fonctionne bien et mérite d’être appliquée à de nombreuses pathologies qu’elle entend traiter sans effet secondaire : Le stress, l’anxiété, la dépression modérée, les troubles du sommeil, le sevrage tabagique, les douleurs rhumatologiques, tendinites ou arthrosiques, les migraines, l’allergie, les pollinoses, l’eczéma, l’asthme, les verrues, les troubles de la ménopause, la stérilité fonctionnelle, les troubles digestifs, colopathie, gastralgie, la cystite interstitielle. Je pique aussi le visage à visée esthétique. Le masque d’aiguilles semble avoir des effets positifs visibles, si j’en crois les patientes qui reviennent régulièrement pour en bénéficier. Par contre, des indications comme les ronflements ne m’ont jamais paru pertinentes, même si elles sont signalées dans les manuels anciens. Et ce d’autant plus qu’il faut avant tout vérifier qu’on ne fait pas d’apnées du sommeil dans un tel cas!!