COMMENT FONCTIONNE LA TENSION ARTERIELLE?

Vulgarisation médicale TA ET HTA

La vulgarisation médicale vise à faire comprendre les sciences médicales aux personnes qui ne connaissent ni la science, ni la médecine. Deux niveaux de compétence sont traduit dans le texte. En gris noir le niveau le plus facile d’accès, en bleu nuit le niveau plus détaillé.
Comment la Pression Artérielle (PA) est-elle régulée dans l’organisme ?

Cette question traverse parfois l’esprit des millions d’hypertendus et aussi de nombreux lycéens : « comment ça marche, la tension artérielle? » Et c’est une bonne question. La réponse n’est pas totalement élucidée aujourd’hui. Cependant, la plupart des mécanismes sont identifiés, nous pourrions dire tous les principaux mécanismes sont connus. Mais la vie produit de subtiles fonctions dont on a pas fini de découvrir l’ingénieuse sélection dans l’évolution des systèmes vivants.

Bon, quittons ce langage un peu technique pour parler comme sur le marché: simple, puisque c’est le but de cette page que d’expliquer un mécanisme relativement complexe au public intéressé. La question est cependant une des plus complexes, vu que la tension intéresse presque tous les organes dont elle constitue le système nourricier. Elle doit être toujours supérieure à 7 cm de mercure pour perfuser au minimum les organes. En dessous, c’est le malaise, la syncope. La tension normale est de 120 / 70 mmHg pour la femme, 130/80 mmHg pour l’homme. (mmHg, c’est millimètre de mercure représentant la longueur de la colonne de mercure qui permet de s’opposer à l’issue du sang si on branche l’artère sur un tuyau.) Au maxi, à 20 ans: 130/80, après 40 ans on doit rester à 135/80 ce qui constitue l’objectif de tout traitement hypotenseur. Ces normes d’objectifs sont toutes récentes, avant on se contentait d’un 150/90, mais finalement, si l’on veut éviter les complications, il faut retrouver une tension normale, en fait, quel que soit l’âge.

Et tout d’abord, que signifie « le grand chiffre /le petit chiffre » de la prise de tension artérielle? Eh bien, cela correspond, comme précédemment écrit, à la hauteur de la colonne de mercure en millimètres dont la poids est susceptible d’arrêter le jet d’une artère sectionnée pulsant le sang à plein régime lors de la contraction du coeur gauche (systole) de façon rythmée et cyclique, le « creux » correspondant à la pression diastolique. Bien entendu, après avoir testé à la rude époque par cette méthode brutale (chez le cheval! ça ne se ferait pas aujourd’hui!!), nous avons étudié les chiffres en comprimant simplement l’artère étudiée pour en arrêter le flux.

Effectivement, quand on gonfle un brassard de prise de tension, et que l’on écoute avec un stéthoscope le bruissement du sang en aval du blocage, on observe trois stades : au delà d’une certaine pression, on n’entend plus le sang s’écouler. C’est le silence. En descendant progressivement la pression, apparaît bientôt un premier bruit qui signe que le sang commence à passer par dessus l’obstacle du brassard : c’est le chiffre de la pression dite « systolique », correspondant à la colonne de mercure en cm dont le poids bloque complètement le flux sanguin. Puis, en descendant toujours la pression du brassard, on entend bien les bruits du coeur, puis arrive un moment où on entend moins ou plus du tout ces bruits. Ceci correspond à la pression « diastolique », correspondant à la pression résiduelle dans l’aorte après la contraction cardiaque, durant la période de relaxation du coeur. L’aorte est la grosse artère qui part du coeur et parcourt tout l’abdomen après avoir fait une crosse qui distribue le sang à la tête (carotides) et nourrit en descendant tous les organes abdominaux, puis se dirige en bifurquant vers les membres inférieurs (artères fémorales).

A savoir que l’on évoque maintenant plutôt la pression en mm de Mercure, (Hg), c’est à dire 13/7 (cm Hg) correspond à 130/70 mmHg.

Pour comprendre les mécanismes de la régulation de la tension artérielle, il faut comprendre que trois organes interviennent : le coeur et les vaisseaux, le rein et la surrénale, et enfin le cerveau et le système nerveux végétatif.

Le cœur

bien sûr, chef de file, mais finalement pas le principal régulateur…joue sur la force de contraction du coeur, qui donne grosso-modo la pression systolique (haute), en synchronisme avec les vaisseaux. Cette contraction du coeur est souvent associée à une augmentation de fréquence des battements cardiaques, pour adapter le débit sanguin à la hausse. Le remplissage du coeur conditionne aussi la force de contraction de celui-ci et donc la pression sanguine de sortie. Sachant qu’il y a deux coeurs, droit et gauche, il y a une adaptation précise entre les deux pour que leur débit soit identique.

Mais aussi, et c’est tout récemment que l’on a découvert que les oreillettes sécrétaient une hormone « natriurétique atriale auriculaire » qui fait pisser le sel, relaxe les vaisseaux et augmente la filtration du rein. Le coeur est aussi organe endocrine ! Cette hormone contrebalancerait l’action du système rénine angiotensine aldostérone.

Les vaisseaux,

par leur vertu contractile, maintiennent l’onde cardiaque jusqu’au organe en bout de circuit, en maintenant un tonus des vaisseaux en périphérie. Comme un tuyau d’arrosage dont on appuie sur l’extrémité pour faire monter la force du jet… Ils peuvent aussi sécréter des substances (prostacycline) qui baissent la tension. L’artériosclérose et l’athérome les rend rigides et donc entraîne une élévation non réversible de la PA.

Le rein
filtre au niveau du glomérule, et sécrète ou réabsorbe au niveau des tubules.Il retient peu ou prou l’eau et le sel, jouant ainsi sur la masse sanguine. Beaucoup de masse sanguine, beaucoup de pression, deshydratation, hémorragie et fuite de sang, baisse de pression !

Le sodium est libéré ou retenu par une hormone, l’aldostérone, (venant des surrénales) elle-même stimulée par un autre système complexe nommé système rénine angiotensine aldostérone, présent dans le rein, tout près du glomérule rénal (complexe juxta-glomérulaire) qui fonctionne en permanence et diminue quand on est alité. C’est pourquoi, quand on est resté quelques jours au lit, on a la pression artérielle basse au point de « tomber dans les pommes » au lever !

Ainsi, quand un rein ne reçoit pas assez de sang du fait du rétrécissement de l’artère qui le nourrit, le système RAA s’active à l’excès pour augmenter la tension et mieux nourrir le rein malnutri. Voilà une cause curable d’hypertension artérielle!

Par ailleurs, l’eau est plus ou moins libérée dans les urines grâce à une autre hormone, celle-ci produite par l’hypophyse, l’hormone antidiurétique (ADH), agissant au niveau du rein.

L’hormone natriurétique auriculaire venue du coeur (qui est donc un organe endocrine aussi) joue aussi un rôle mineur au niveau du rein.

Le système rénine angiotensine fonctionne de la façon suivante: La rénine intervient dans la fabrication d’une petite molécule sanguine, l’angiotensine, laquelle agit sur les vaisseaux pour les contracter, et aussi sur la sécrétion l’aldostérone, cette dernière vient des surrénales que nous allons voir après. Le rein peut aussi intervenir sur la quantité de globules rouges par une hormone qui aide ceux-ci à se multiplier: l’érythropoïétine. (qui fait parler d’elle dans le milieu sportif à propos du dopage)

Les surrénales,

Interviennent à plusieurs titres:

d’abord la production d’aldostérone, qui retient dans le rein le sodium et l’eau, augmente la masse sanguine et donc la tension artérielle. Celle-ci dépend de l’action de l’angiotensine 2.

d’autre part l’adrénaline, qui agit globalement sur l’organisme en réponse à un stress pour augmenter la pression artérielle et permettre le combat ou la fuite, sur les ordres du système nerveux sympathique accélérateur, entraînant une distribution du sang vers les organes de l’action : cerveau, muscles, poumons, retirant le sang des intestins et de la surface cutanée.

Enfin, le cortisol, corticoïde naturel, a gardé quelques fonctions de rétension du sel, il n’est que de se rappeler le visage des gens qui prennent des corticoïdes au long cours (faciès rougeot, « rubicond »). A noter que le stress module cette sécrétion de cortisol.

Le cerveau

avec plusieurs structures intéressées, dont,

Le bulbe rachidien contient un centre nerveux qui agit sur le coeur et les vaisseaux en les contractant plus ou moins suivant la pression captée dans les artères qui vont au cerveau : carotides (glomus).
L’hypothalamus et l’hypophyse, fonctionnellement liés interviennent sur le comportement de boire pour restituer la masse sanguine déshydratée en cas de baisse de tension, et directement sur le rein par l’hormone antidiurétique, qui retient l’eau.

L’hypothalamus est une sorte de cerveau de la régulation des organes végétatifs, et son prolongement endocrine, l’hypophyse, entre en jeu de plusieurs façons. L’hormone antidiurétique est sécrétée par la post hypophyse sur les ordres de l’hypothalamus, lequel intervient dans la régulation des comportements de soif, entre autres.

Les facteurs stimulants de différentes glandes (thyroïde, surrénale) vont intervenir sur le niveau tensionnel, depuis l’hypophyse. Parfois ces glandes, comme la thyroïde, (nodule chaud) s’emballe toute seule et stimule le coeur qui s’accélère et se contracte plus fort.

Mais le cerveau est aussi, vous le savez bien, le siège de la pensée, des émotions. Elles font monter parfois la tension artérielle par le biais du système neuro-végétatif, dit autonome:
et le système nerveux autonome (végétatif)

orthosympathique: dans la moelle épinière et les différents ganglions le long de la colonne vertébrale. Ce système accélérateur transmet aux vaisseaux sanguins un tonus constant et redistribue la masse sanguine circulante au profit des organes nobles (cerveau, coeur) en la retirant des entrailles, de la peau, en cas d’agression ; il stimule aussi la rénine du rein.
parasympathique:système freinateur, on dirait aujourd’hui économiseur d’énergie. Le nerf vague, pneumogastrique, agit sur le coeur en permanence pour le freiner à 70 battements par minute. Le noyau de commande est dans le bulbe. Il agit aussi sur l’estomac, les intestins.

Le cerveau et le système neuro-végétatif interviennent aussi sur la tension par le biais une « humeur » particulière, liée à un vécu inhibant l’action. Le Pr H Laborit avait décrit voici qq décennies comment les corticoïdes endogènes (cortisol) montent lorsque la personne vit une situation bloquée, sans issue. C’est encore un autre mécanisme où l’on observe l’augmentation de la tension artérielle, de façon plus ou moins passagère. Il existe aussi au niveau cortical, donc au niveau accessible à la conscience, un centre de régulation de la tension artérielle, qui permet avec l’entraînement par feed-back en particulier de contrôler mentalement sa tension artérielle.

EN RESUME : tout ce qui va stimuler le coeur, par ses contractions va augmenter la tension, de même, tout ce qui va contracter les artérioles périphériques, ou bien ce qui faire retenir l’eau et le sel dans le compartiment sanguin. Tout ce qui va directement stimuler le centre bulbaire de la tension : émotions etc… va augmenter la tension. Au contraire, tout ce qui va détendre l’intensité des contractions du coeur (betabloquants), relâcher les vaisseaux (Inhibiteurs calciques, alpha bloquants, Antagonistes de l’Angiotensine 2 (AA2)) réduire la masse sanguine (diurétiques action directe, IEC et AA2 indirectement), ou encore par action sur le bulbe (médicaments centraux) va faire baisser la pression artérielle. Voyons comment avec les différents médicaments :

Vous voyez combien le système est complexe. C’est pourtant le pain quotidien de votre médecin. Imaginez tous les médicaments antihypertenseurs qui interviennent sur plusieurs de ces facteurs !

Pour faire court:

Les bêta-bloquants (Ténormine, Sectral, Kerlone, Soprol, Lopressor,…) bloquent l’adrénaline, dont les récepteurs se nomment « Bêta », ce qui rallentit le coeur et sa force de contraction. Certains sont anti-arythmiques (Sotalex) en plus.

Les alpha-bloquants, (alpress) récepteur alpha, autre récepteur du système orthosympathique, adrénaline ou noradrénaline, entrainent une relaxation des vaisseaux. Le Trandate est à la fois Beta et alpha bloquant.

Les diurétiques interviennent soit sur l’aldostérone, en l’inhibant, ce qui fait donc « pisser », soit en faisant éliminer le sodium et l’eau. Certains ont aussi tendance à faire baisser le potassium, qu’il faut toujours surveiller en début de traitement. D’autres, en revanche, font épargne du potassium. (Aldactone, Amiloride, Triamtérène). On les associe alors à ceux qui le font fuir pour équilibrer leur action. (Aldactazine, Modurétic)

Les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine, (IEC) dont vous comprenez maintenant l’impact, empêche la production d’angiotensine sous forma active, et donc empêchent celle-ci de contracter davantage les vaisseaux sanguins, et diminuent l’aldostérone qui dépend de l’angiotensine…Vu ? (leur nom: Lopril, Rénitec, Korec,Coversyl, Zestril, Triatec…) Effet secondaire principal : la toux.

Les antagonistes de l’angiotensine 2 (AA2): Candesartan ( Atacand, Kenzen), Irbésartan (aprovel), Losartan (cozaar), valsartan (tareg) pour citer les principaux : Ils bloquent le récepteur à l’angiotensine 2, dont l’effet est d’augmenter la masse sanguine et la tension artérielle en agissant entre autres sur l’aldostérone et in fine sur le sel plasmatique.

Les hypotenseurs centraux, qui agissent sur le cerveau et le bulbe. genre Catapressan, Hyperium, Aldomet font baisser le tonus du chef d’orchestre bulbaire, noyau de la tension artérielle. C’est pourquoi ils font parfois dormir aussi ! Ils sont moins utilisés aujourd’hui bien que leur action soient parfois très salutaires quand les autres hypotenseurs agissent mal. Le Catapressan a été jadis utilisé pour faire baisser la TA en urgence. Maintenant on utilise plutôt les inhibiteurs calciques, pour ce faire.

Les inhibiteurs calciques type Loxen agissent sur les vaisseaux pour les obliger à ce relaxer. Ils peuvent aussi avoir des effets sur l’angine de poitrine, par vasodilatation des coronaires aussi : verapamil (Isoptine)

Certains médicaments (Tenstaten) stimulent la production de prostacycline par les vaisseaux, hormone hypotensive. Effet assez naturel, mais modeste.

Les vasodilatateurs directs comme Nepressol, Hyperstat, vont agir sur les vaisseaux sans autre intermédiaire.

D’autres, abandonnés aujourd’hui, visaient à diminuer la production d’adrénaline. Leur chef de file est la Réserpine. (Extrait de Rauwolfia).

A noter qu’une hypertension qui ne réagit pas bien aux traitements DOIT ÊTRE EXPLOREE : car il y a des causes curables, comme la sténose de l’artère rénale que l’on découvre justement chez des patients dont la tension reste élevée malgré les traitements. Mais dans la majorité des cas, l’hypertension est dite « essentielle », c’est à dire sans cause identifiable (bien que de plus en plus nous comprenions comment elle apparaît).

Le tabac, parlons-en, intervient en libérant de l’adrénaline, stimulant les ganglions végétatifs qui contractent les vaisseaux, et à un autre niveau, accélère l’athérosclérose, durcissement des artères, et donc une future hypertension artérielle. Si vous êtes hypertendu, alors il FAUT arrêter de fumer!!

Le sport, en revanche, permet une diminution du tonus vasculaire et une baisse de tension, dans les limites de la norme. On conseille les sports d’endurance, natation, footing, vélo, plutôt que le squash ou le tennis (sauf jeu de fond de cours tranquille), surtout après 45 ans. On peut espérer un point de tension artérielle en moins grâce au sport.

La diététique : sel ou pas? Avant on interdisait de saler l’alimentation des hypertendus. Aujourd’hui, on se contente de le limiter à 2-3 grammes de sel pour tous les hypertendus et à un gramme pour ceux qui ne réagissent pas bien au traitement. Quant au reste de la diététique, on conseille les régimes anti-athérosclérose, du type régime « crétois » voir la page « conseils pour garder la santé ».

Le stress intervient dans cet édifice complexe en stimulant à la hausse le système orthosympathique, l’adrénaline, également les corticoïdes endogènes. D’où l’intérêt de savoir se relaxer pour garder une bonne tension. Apprendre à gérer les contrariétés est aussi une bonne façon d’éviter une augmentation de tension dans ce cas -là. Pour information plus approfondie, à noter que la tension artérielle peut monter quand la personne est prise dans une situation sans issue, ou bien à « double contrainte ». Du genre à tous les coups on perd. Alors l’organisme réagit par une sorte de marasme, « d’inhibition de l’action » (cf Pr H. Laborit) qui fait monter la tension artérielle par le biais des corticoïdes endogènes.