MEDECINE PSYCHOSOMATIQUE

Les maladies psychosomatiques ont eu des heures glorieuses dans les décennies passées. Maintenant que leur territoire s’est rétréci en partie, du fait des découvertes de causes inattendues non psychiques dans certaines pathologies antérieurement dites « psychosomatiques » le plus bel exemple en est l’ulcère gastrique dont on sait maintenant que la cause déclenchante est une bactérie Hélicobacter Pylori qui fait disparaître la couche de mucus gastrique ponctuellement, les facteurs psychologiques longuement évoqués jadis se sont réduits à un rôle purement modulateur de la pathologie ; si bien que de la même façon dans d’autres pathologies qualifiées de psychosomatiques jadis, nous nous trouvons maintenant avec un champ psychosomatique plus limité. Cela dit il ne se réduira pas davantage avec les explications neurobiologiques de ses mécanismes pathogéniques qui en démontreront les contours et pourront proposer des approches thérapeutiques variées adaptées à des mécanismes moléculaires enfin identifiés.

Désolé pour ce laïus un peu technique. En clair, moins de psychosomatique, mais toujours du psychosomatique, et pour longtemps.

D’autant plus que les plateaux techniques des spécialistes toujours plus ardents de ces technologies médicales perdent de plus en plus la dimension humaine du rapport médecin malade. Ainsi des examens tout à fait inutiles après une anamnèse correcte, un dialogue, une écoute du patient qui peut vous livrer sur un plateau les causes psycho-émotionnelles de ses troubles sont réalisés chez des patients qui croient se faisant se rassurer. Mais hélas, ce n’est que passager et souvent nous les revoyons après réactivation de l’anxiété-dépression à l’origine de ses troubles physiques.

Une histoire : une belle jeune femme de 35 ans vînt me voir il y a quelques années pour un problème de constipation sur un dolichomégacolon. Un tel tableau n’aurait provoqué chez mes confrères qu’une prise en charge de la constipation avec les moyens classiques que j’élude ici. Une pointe d’intuition éveilla mon intérêt.

–depuis quand avez vous cette constipation.

–depuis trois ans

–voyez vous quelques événements qui seraient intervenus à cette époque-là.

après quelques minutes de réflexions, la patiente s’effondre en larme : « la mort de mon père », laisse-t-elle tomber!

Nous connaissons en psychosomatique cette dimension de rétention de ce qui part, de ce qui meurt, qui s’incarne dans le fonctionnement du colon pour le ralentir, en libérant partiellement la sphère émotionnelle et psychique en contrepartie. Sûr qu’ici, avec un colon déjà trop long, la constipation avait une explication toute trouvée, mais finalement avant la mort de son père, cette patiente ne se plaignait pas de constipation, alors qu’elle avait déjà son colon trop long. Voyez où je veux en venir? La suite nous montra que j’avais vu juste. Après avoir pris conscience du lien entre la mort de son père et de sa peur de le laisser partir symboliquement, la patiente ne fut plus constipée. Elle dut cependant se replonger un peu dans le deuil inachevé de son père. C’est à ce prix que l’on peut éviter la somatisation.

 

Une autre histoire?

Lulu, 42 ans, un peu simple, en obésité morbide, se plaint depuis des années de maux de tête. Un jour, elle arrive toute fringante :

–Docteur, j’ai plus mal à la tête depuis quinze jours !

–ça alors !? et que s’est-il bien passé depuis trois semaines??

Je la laisse réfléchir un moment, finalement, elle s’exclame :

–J’ai engeulé mon mari, figurez-vous ! Tout ce que je pensais de lui !!!

–Eh oui, Madame Lulu, nous savons que l’agressivité rentrée, impossible à manifester dehors, peut se retourner contre soi et donner des douleurs, la tête au premier rang.

–Maintenant, Madame Lulu, sans attendre de remplir votre sac à réprimandes envers votre mari, parlez lui plus souvent de votre ressenti, de vos sentiments d’injustice, de rogne, avant que cela ne vous reprenne la tête ! Ainsi vous éviterez les maux de tête.

–Merci Docteur. J’aurais jamais pensé à ça toute seule !

Il faut dire que son mari… est un sacré numéro! Un peu l’homo sapiens sapiens.

C’est dire que mon approche thérapeutique tient compte de la psychosomatique. En même temps, il me semble important de garder à l’esprit que les causes organiques sont présentes aussi souvent que les causes psychosomatiques et méritent notre vigilance par les conséquences graves qu’elles peuvent induire… Je vois parfois chez mes confrères versés en psychosomatique la tendance à oublier l’organique, et tout interpréter à la lumière du psychisme. Gardons la voie du milieu!