POURQUOI TU TOUSSES, TONTON?

TOUX

La toux constitue un symptôme très courant. « Expiration brusque, convulsive et sonore de l’air contenu dans les poumons », telle définition ne renvoie pas spontanément au mot toux, n’est-ce pas ?

Les patients n’imaginent pas ce qui ce cache derrière ce symptôme tellement banal. La bronchite, tout le monde connaît, aiguë ou chronique… C’est à peu près tout ce que le public connaît de la toux. Voyons en fait dans quels dédales le praticien chemine devant le patient atteint de toux !

Et pour ne pas se perdre devant les nombreuses toux que nous allons examiner séant, voici un premier tri : toux aiguë (moins d’une semaine) sub-aiguë, moins d’un mois, et chronique, plus d’un mois…

TOUX AIGUE < 7 jours

Sèche, irritante, sporadique, elle évoque la banale bronchite aiguë, laquelle évolue bientôt vers une toux grasse, avec expectoration, peu ou pas de fièvre. Tout le monde connaît ! Mais cela peut être une pneumonie aiguë, avec 39,5°, et un point de côté ! Laquelle mérite un antibiotique et une radio, ne traînez pas, si vous voulez échapper à l’abcès. Chez l’enfant la toux dite « chant du coq » fait évoquer la coqueluche, même chez un vacciné. Dans ce cas-là, attention aux quintes dyspnéisantes, l’enfant étouffe silencieusement, d’autant plus qu’il est nouveau-né…Le chant du coq est fait de quintes bruyantes avec une reprise d’air en fin d’expiration très sonore. Ce type de toux laisse souvent des mois un « tic coquelucheux » pour les banales bronchites qui suivront… La bronchiolite à VRS chez l’enfant provoque une gêne respiratoire asthmatiforme. Et aussi chez l’enfant, la banale rhinopharyngite qui fait tousser par les sécrétions qui tombent dans la gorge, alors que les bronches peuvent être indemnes.

Toux rauque de la laryngite, souvent virale mais pas toujours (Haemophilus Influenzae), avec une voix cassée, aphonie. Attention, chez le nouveau-né, à l’épiglottite, avec fièvre élevée, gêne respiratoire à l’inspiration, c’est une urgence : Corticoïdes! Célestène! La laryngite non compliquée peut aussi gêner la respiration. Il faudra aussi donner du Célestène qu’il vaut mieux avoir sous la main à l’avance et appeler les urgences pour savoir quoi et comment faire.

Toux d’encombrement pharyngé, lors de rhinorrhée postérieure: le mucus coule dans la gorge et vient bloquer la glotte, laquelle finit par réagir!

Toux de la simple fausse route alimentaire, jusqu’au corps étranger inhalé. Attention chez l’enfant à une toux très nouvellement apparue, sans aucun signe infectieux, pensez à un petit joujou que le malheureux a inhalé dans ses bronches. Même si la toux cesse, une fois calé le corps étranger dans un lobe, ce n’est pas le signe d’oublier l’incident !

Toux d’irritation par des vapeurs, des fumées, le tabac, bien sûr, la pollution… cause en croissance ! C’est malheureusement une toux plutôt chronique… A noter que la toux peut être décalée de l’exposition ; on ne se souvient plus être passé dans un nuage nauséabond !

Plus étonnant : la toux peut venir des oreilles, bouchon de cérumen, corps étranger là aussi, et enfin, otites moyennes ou externes.

Toux de l’embolie pulmonaire : sèche à productive, expectoration striée de sang parfois, dyspnée, angoisse, douleur thoracique, prédisposition aux thromboses veineuses, phlébite en cours chez un alité, pouls qui s’accélère…

TOUX SUB-AIGUE > 7 jours &< 1 mois

Toux des bronchites sub-aiguës, virales, désopilantes par leurs « résistances » aux antibiotiques donnés en rafale…Tant qu’il n’y a pas une expectoration verte, grise, pas la peine de donner un antibio!

Toux de l’allergie saisonnière, pollénique en particulier, rhume des foins…qui peut durer une semaine ou deux, juste à la sortie du pollen incriminé, puis disparaître, ou alors durer toute la période pollénique si l’on réagit à plusieurs pollens. (Les graminés, en Europe : d’Avril à mi Juillet)

TOUX CHRONIQUE > 1mois

Toux d’origine ORL et Bronchopulmonaire :

Toux ORL : sinusite chronique (céphalée frontale, douleur à la palpation des sinus, mouchage purulent chronique, souvent unilatéral.) Rhinite
postérieure chronique
, tellement courante, banale, peu soignée. Dans ce cas, penser à stopper les produits laitiers pendant un mois, ça peut venir d’une intolérance à iceux. Si le test est positif, c’est à dire que vous allez nettement mieux au bout du mois d’éradication du lait, alors essayez les produits laitiers de chèvre et brebis car ce peut être uniquement aux produits laitiers de vache que vous réagissez, et vous pourrez continuer sans dommage ceux de chèvre, brebis. Il y a du choix.

Toux de bronchite chronique, fumeur, asthmatique, emphysémateux, travailleurs en milieu exposé…

Toux des pneumopathies interstitielles : râles crépitants, dyspnée d’effort. Penser aux « poumons de fermier ». Eleveurs d’oiseaux. Ça finit parfois en fibrose pulmonaire.

Toux de l’asthme, entre les crises parfois, signant une hyperréactivité bronchique. Avec parfois des râles sibillants du spasme des moyennes bronches et des expectorations blanches. L’asthme, pour mémoire, inclut, bronchospasme, hypersécrétion bronchique et œdème de la muqueuse bronchique.Mais on peut voir aussi des bronchites à éosinophiles, comme de l’asthme, mais sans bronchospasme. Il y a sûrement des facteurs déclenchants inconnus en l’occurence, de l’allergie larvée, un virus (acariens?).

Toux des infections chroniques,  tuberculose, avec expectoration sanguinolante, fébricule nocturne et transpiration, altération de l’état général, et parfois pas d’autres signes que la toux ! Le BK est encore présent régulièrement! Ou encore, sur terrain fragilisé : Pneumocystis carinii sur VIH.

Toux de l’abcès du poumon, productive, expectoration fétide et purulente. Fièvre, mauvais hygiène dentaire.

Toux de la dilatation de bronche (DDB) : toux productive avec expectoration muco-purulente, plus ou moins striée de sang, surinfectée par l’aspergillus. Ces DDB favorisent les infections bronchopulmonaires récidivantes de nombreuses années. Rechercher une mucoviscidose.

Toux de l’œdème pulmonaire, d’origine cardiaque, en fait. Contexte : Hypertendu depuis trente ans, qui décompense son coeur gauche. Ou encore valvulopathie ancienne, rétrécissement mitral en particulier.

Toux iatrogènes (c’est le docteur!) (Non! Je veux dire le médicament !) au premier rang desquels, les fameux IEC, inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine : Renitec, kinupril, …on se demande vraiment la cause de cette toux avant de penser à ce traitement pour la tension artérielle ! Et aussi les Bêta Bloquants : Avlocardyl, Sectral, Tenormine, Celectol, Visken, voire les collyres bêta-bloquants : Timoptol…

Toux de tumeur bénigne bronchique

Toux de cancer bronchique pulmonaire, ou de métastases pulmonaires : toux sèche pouvant devenir productive, expectoration plus ou moins sanguinolante, fumeur !

Toux laryngée : Laryngite chronique, toux rauque, voix cassée. Cancer laryngé : toux rauque, voix bitonale chez une fumeuse invétérée.

Toux pleurale : au changement de position, frottement pleural associé (lors des mouvements respiratoires), lors d’infections virales, bactériennes, voire parasitaires, épanchement pleural, tumeurs, pneumothorax…

Toux d’autres origines

Toux du reflux gastro-oesophagien : assez fréquent puisque 30% des asthmatiques ont un reflux GO, et l’on pense qu’il pourrait y avoir une relation de cofacteur entre les deux affections. La toux serait plus volontiers nocturne, ou à la sieste, c’est-à-dire lors du reflux favorisé par la position allongée, surtout sur le côté droit. On peut aussi observer une hypersécrétion bronchique réactionnelle au reflux sans qu’il y ait de fausse route réelle entre l’œsophage et les poumons. Il faut penser au RGO chez l’enfant qui tousse la nuit sans rhinopharyngite, d’autant plus s’il régurgite le jour !

Toux d’origine cardiaque : Insuffisance ventriculaire gauche ou rétrécissement de la valve mitrale : toux sèche à l’effort et la nuit. Expectoration mousseuse rosée. Autres signes d’insuffisance cardiaque associés : dyspnée d’effort, de décubitus (allongé), facteurs de risques cardiovasculaires. Souvent chez l’hypertendu ancien.

Toux des tumeurs du médiastin. (très rares). Gêne à la déglutition : attention ! Origine : tumeur oesophagienne, goître plongeant de la thyroïde, compression par des ganglions lymphatiques (Sarcoïdose, Hodgkin, LMNH, parasitoses +/- tropicales…). Douleur médiastinale, attention ! Un signe particulier : l’oedème en pélerine, au niveau des épaules indique l’exploration thoracique.

Toux psychogène, chez l’adolescent en particulier, à l’état de veille en général. Montre une gêne, culpabilité, anxiété, agressivité rentrée…Il faut aider l’ado à s’exprimer et à s’accepter comme il est…

Toux induite par la dialyse péritonéale, probablement réflexe.