INFECTIONS ORL RECIDIVANTES DE L’ENFANT

Résumé : pour éviter les infections récidivantes de l’enfant, il faut lui donner du fer, diminuer son éventuelle allergie et améliorer son environnement. En cas d’otites récidivantes, veillez à l’audition de l’enfant et il peut être utile d’enlever les végétations. En revanche on conserve les amygdales au moins jusqu’à 5 ans.

1. Les infections O.R.L. récidivantes de l’enfant. (IRR=infections respiratoires récidivantes)

Je ne vais pas vous donner ici un cours exhaustif de la question mais plutôt quelques informations pratiques, très pratiques même, puisqu’elles permettent d’améliorer ce problème exaspérant pour les parents des chers petits « adénoïdiens » mais aussi désarmant pour le médecin appelé toutes les semaines et qui ne sait plus si les antibiotiques vont venir à bout de ces infections! Elles concernent surtout les enfants entre 6 mois et 5 ans, confrontés à l’immunisation contre des centaines de virus.

Pour mémoire, d’abord les causes d’IRR : pas de déficit immunitaire comme on pourrait le penser , mais plutôt :

  • Manque de fer 30% des cas, c’est dire si la supplémentation en fer règle une bonne fraction de ce problème !
  • Végétations adénoïdes. Une autre bonne fraction qui intervient de façon variable suivant les pathologies orl rencontrées. Il faut y penser surtout en cas d’otites récidivantes, puisqu’elles sont susceptibles de bloquer l’entrée de la trompe d’Eustache qui ventile la caisse moyenne du tympan.
  • L’allergie. Poussières de maison et autres allergènes aériens que l’on détecte par un test global (phadiatop), mais aussi penser aux allergies alimentaires, dont on sait maintenant qu’elles peuvent entraîner des pathologies orl récidivantes (otites en particulier avec l’allergie au lait) et pas seulement de l’eczéma.
  • Ensuite pas mal d’autres conditions favorisantes, souvent associées entre elles:
    • vie en collectivités et crèches, il ne faut pas se le cacher,
    • allaitement artificiel qui n’apporte pas les anticorps au nouveau-né,
    • appartements surchauffés, entretenant une sécheresse chronique de la muqueuse orl, responsables de réactions vasomotrices intenses aux changements de température, facteurs d’obstruction des choanes, des méats sinusaux et des trompes d’Eustache,
    • le tabagisme parental, surtout présent dans les milieux défavorisés,
  • autres causes plus rares : déficit en alpha1-antitrypsine etc…

Venons-en ensuite aux effets : quelles sont ces IRR?

Rhino-pharyngites, angines, otites, bronchites, bronchiolites, laryngites, épiglottites (plus rare), et leurs complications : pneumonies, sinusites, ethmoïdites, antrites, toute la panoplie des infections otorhinolaryngologiques, voire pneumologiques est présente. Mais si nous avons cité l’allergie comme cause de ces IRR, nous n’allons pas détailler ici les affections allergiques qui peuvent alterner avec les infections O.R.L. de l’enfant. Vous connaissez tous ces différentes affections, qui sont le plus souvent virales. Aussi les antibiotiques ne sont-ils pas indiqués sauf dans des affections précises : les angines purulentes, sinusites maxillaires, ethmoïdites et otites purulentes, et bien sûr pneumonies lobaires. Parfois, une pharyngite aiguë fébrile pourra mériter aussi des antibiotiques par son aspect. Voyons tout de suite les conséquences.

Quelles sont les conséquences et complications de ces IRR ?

Retentissement sur l’audition, l’apprentissage du langage en ce qui concerne les otites récidivantes et séreuses qui peuvent affecter les osselets et le tympan. Chères mamans ! Si le petit vous fait répéter, ce n’est pas forcément qu’il ne veut pas obéir ! Mais vous y avez déjà pensé, n’est-ce pas…

L‘antrite, ou mastoïdite, est une ostéite qui complique les otites mal soignées : on observe ici un gonflement fébrile de la mastoïde, c’est une infection grave.

J’ai évoqué les ethmoïdites, qui donnent un gonflement du visage de l’enfant, au niveau interne des paupières et de la racine du nez.

Plus chroniques, les conséquences lointaines : déficit auditif définitif par séquelles d’otites, avec trouble de l’apprentissage du langage.

Conséquences aléatoires inflammatoires : la maladie de Still, ou Arthrite Chronique juvénile, qui peut suivre une infection orl, streptococcique en particulier, tout comme le RAA, rhumatisme articulaire aigu, que l’on voit de moins en moins, probablement par l’effet des antibiotiques (au moins un effet positif de l’excès de l’antibiothérapie en matière O.R.L.). L’otite adhésive qui englue les osselets de l’oreille moyenne et entraîne une hypoacousie.

Qu’est ce qu’on peut faire en face des infections O.R.L. récidivantes de l’enfant?

Tout d’abord les prévenir, en reprenant les divers facteurs favorisants (environnement…) pour les éradiquer, si possible. Ensuite en renforçant le terrain de l’enfant, soit par les minéraux (fer, c’est le plus important (=ferrostrane), zinc, manganèse, cuivre…), les vitamines (C dans les agrumes, E dans le beurre), les stimulants locaux (Biostim, Imocur, …), les traitements homéopathiques qui donnent aussi des bons résultats dans cette indication. Les traitements de fond anti-allergiques peuvent également aider l’enfant à éviter une ré-infection. L’inflammation due à l’allergie fait le lit de l’infection. Des produits comme la clarityne (antihistaminique) peuvent calmer les infections favorisées par l’allergie. (autres traitements d’allergie :Allergologie :traitements)

Traitement de ces affections : Il n’est pas toujours si simple que cela…

On ne traite pas les simples rhino-pharyngites par antibiotique.Je ne vais pas reprendre la liste habituelle des antibiotiques O.R.L. ; mais juste signaler que les références médicales opposables viennent ici gêner la pratique médicale : on ne peut plus prescrire l’antibiotique librement. En résumé on a le droit de prescrire de l’amoxicilline. Point barre/ . Alors, quand l’infection ne guérit pas alors qu’elle est manifestement bactérienne, il ne faut pas hésiter à changer d’antibio pour aller vers les plus efficaces ; mais on ne peut le faire en première intention aujourd’hui. On peut demander un antibiogramme si l’infection est otitique ou sinusienne pour mieux cibler et éviter les semaines décourageantes de traitement antibiotiques renouvelés sans résultat.

A noter qu’aujourd’hui, le test rapide de détection des streptocoques dans les angines permet, quand il est positif de prescrire un antibiotique pour l’occasion avec grand efficacité. Mais tous les médecins ne le pratiquent pas. Il permettra d’éviter des prescriptions d’antibiotique dans des infections virales. Son coût 1,5 € , en regard des 20 de ceux des antibiotiques devrait nous inspirer !! Pour mémoire, on chasse le streptocoque car il peut être responsable de complications tardives : Rhumatisme articulaire aigu, cardite rhumatismale, glomérulonéphrite , chorée … autrement, on ne s’en préoccuperait pas plus que cela !!!…

Bon, je passe les antitussifs que l’on peut employer dans les toux sèches, les fluidifiants dans les toux grasses, les décongestionnants nasaux, les désinfectants locaux sans oublier les antipyrétiques et antalgiques, voire anti-inflammatoires (dans les otites/sinusites) que vous connaissez déjà pour citer quelques remèdes qui dépannent dans des circonstances particulières : le Santaherba 20-30 gouttes perlinguales (sur un demi sucre) x 3-4 fois par jours dans les bronchites asthmatiformes et les bronchiolites peut rendre service sans avoir à utiliser les corticoïdes (Célestène).

En désespoir de cause, certains médecins prescrivent des antibiotiques en cure tous les mois, sans attendre que l’infection arrive, avec plus ou moins de succès, puisque en cas de virose, c’est inefficace. Mais ce n’est pas toujours une hérésie. Sur certains terrains sensibles à tel ou tel germe qui serait susceptible d’entraîner une réaction immunitaire dommageable, genre streptocoque et réaction auto-immune, on peut prescrire de la pénicilline en continu pendant un an ou deux ! Cela permet d’éviter des complications graves de terrain : atteintes du coeur (cardite rhumatismale), du rein (glomérulonéphrites), voire du système nerveux central (Chorée de Syddenham). Alors, en résumé, fiez-vous à votre médecin de famille même si cela ne semble pas bien marcher : la nature ne marche pas toujours comme on veut ! Et ce n’est pas sa faute, à ce pauvre praticien 😉 . Et puis s’il ne donne pas de fer, à votre gamin ou ne fait pas faire de prise de sang pour y voir clair, et bien donnez-lui en, du fer… il y a de bonne chance que cela lui soit utile !

En cas de problème, je prescris une prise de sang avec FNS, ferritine, phadiatop, une radio à rayons mous pour voir les végétations éventuelles. Je peux alors traiter précisément l’enfant, côté fer, côté allergie, côté végétations (chirurgie). Et roulez jeunesse !…

Last but not least, comme disait Shakespeare, les infections ORL récidivantes sont parfois l’expression d’une somatisation, c’est-à-dire d’un mal-être qui se réverbère dans la chair… mais c’est plutôt le lot d’enfants plus grands et d’adultes, bien que l’on voit parfois des enfants qui présentent des infections ORL en cas de stress. Les angines ou laryngites récidivantes de l’adulte imagent assez bien ce phénomène. Une telle somatisation évoque parfois que l’on arrive pas à dire ce que l’on a sur le coeur : ça monte, mais ça passe pas la bouche, alors ça coince dans la gorge… bizarre, non la nature humaine … Et je blague pas, ça se voit pour de bon!

Qu’y faire? eh bien, prendre son courage à deux mains et dire les choses. Oser être soi-même, se faire respecter. Si on se respecte soi-même, on pourra respecter les autres. C’est ainsi… et inversement, nul ne peut respecter les autres s’il ne se respecte pas soi-même. On traite les autres comme on est traité, comme on a été traité. cf les violences d’enfance …