PHYTO-AROMATHERAPIE

Phyto-aromathérapie

Écrit par Dr Jean-Gaël Renard

La phytothérapie est la thérapie par l’action biochimique des plantes. L’aromathérapie est la thérapie par les huiles essentielles extraites des plantes. Cette dernière suppose une concentration des principes actifs importante et donc la prudence en utilisant les huiles essentielles (HE), respect des posologies, des voies d’administration et des indications.

Depuis l’aube des temps, les hommes ont pratiqué la phytothérapie, de façon empirique au départ, en testant, puis en transmettant ce savoir accumulé au fil des âges. Même les animaux ont l’instinct de se traiter en ingérant des plantes quand ils se sentent malades. Pendant longtemps, les laboratoires pharmaceutiques recherchaient les plantes médicinales en étudiant les traditions populaires. Savez-vous qu’on s’adressait au sorcier d’un village d’Amazonie pour savoir quelle plante analyser, car une fois sur deux, on retrouve des principes actifs dans les plantes indiquées, alors qu’il n’y en a que 3 plantes sur mille plantes à vertu médicinale si on cherche au hasard dans la forêt primaire, par exemple. Cela dit, vu les millions d’espèces de plantes dans un forêt primaire, il y a encore plein de vertus thérapeutiques à découvrir dans la flore!

Aujourd’hui, nous identifions les principes actifs des plantes, nous les concentrons pour en obtenir des médicaments. Environ la moitié des médicaments du dictionnaire des médicaments, le fameux « Vidal », sont d’origine végétale. Mais de moins en moins, vu la biochimie d’aujourd’hui qui crée des molécules à partir de l’identification moléculaire des sites actifs sur lesquels on veut agir. Et bien sûr proposer un traitement à partir d’une molécule synthétisée de A à Z par ses soins et souvent injectable à 1000 € la dose sans risque que ça tombe dans le domaine public au bout de 10 ans est bien plus rentable que chercher des principes actifs de plantes que tout le monde pourra aller chercher en forêt primaire. Ô tempora, ô mores… $ !

Pour ce qui me concerne, je pratique une phytothérapie classique, européenne. J’ai étudié les plantes chinoises ou hindoues, mais le manque de sécurité dans la nature et la qualité des plantes que l’on importe depuis la Chine en France m’a amené à ne pas les utiliser pour mes patients. Les conditions ont pu évoluer depuis ces dernières années plus positivement, mais pas sûr si l’on s’en tient aux quelques analyses ADN montrant des cocktails de plantes ou produits d’origine animale comme ça se fait beaucoup sur les marchés chinois, variés sans rapport avec la composition officielle des substances vendues, et dans le doute, je m’en tiens  à la pharmacopée des plantes bien connues, bien étudiées, dont les ingrédients sont bien identifiés, des plantes de qualités biologiques sans pesticide. Ces plantes dites médicinales sont cultivées dans la région angevine, pour certaines, ce qui est satisfaisant d’un point de vue environnemental. Qualité médicinale certifiée. Qualité organoleptique supérieure. Bref, ce sont des plantes sûres et efficaces par la garantie de production et conservation des principes actifs. C’est quand même dommage que l’appât du gain souille la nature des produits de phytothérapie vendus dans certaines régions du globe. Si l’on ajoute à cela que Alibaba, l’Amazon chinois, propose en gros des plantes d’origine variée et peu contrôlée, à des prix imbattables, vous imaginez la tentation d’un petit laboratoire européen de faire venir les matières premières de la Chine pour des gains décuplés, ou d’ailleurs c’est encore plus simple devenir distributeur de produits finis importés à son nom propre! C’est ce qui se fait couramment dans la sphère alimentaire. Mais bon, il reste des filières fiables, par ex des HE produites à Madagascar par des petites unités sur une plante précise, ex le Ravensara, arbuste local, distillée et conditionnée là bas et qu’on peut retrouver chez nous avec un intérêt thérapeutique établi. Le paradoxe est que victime de son succès, le Ravensara est devenu rare, et lui aussi remplacé par des plantes proches mais différente, le Raventsara dont l’homophonie a suffi de la faire adopter en lieu et place de son prestigieux homologue. Moindre mal, vu ce qu’on peut voir ailleurs. Tout cela pour dire qu’il faut rester très circonspect sur la qualité et l’origine des plantes qu’on emploie.

Les plantes médicinales ne remplacent pas les médicaments classiques, mais permettent une première approche de traitement dans les indications qui marchent bien : les douleurs rhumatologiques, les troubles fonctionnels intestinaux, certaines dermatoses, les infections ORL et pulmonaires, l’asthme, les troubles psychosomatiques, et enfin l’anxiété, le stress, et la dépression légère à modérée. Les troubles prostatiques sont bien traités par les plantes. Les troubles de la ménopause également. La prévention des infections récidivantes constitue une bonne indication de la phytoaromathérapie. Les allergies, l’eczéma peuvent être améliorés par l’usage des plantes, soit en ingestion, soit en application locale pour certaines d’entre elles.

Pour ce qui est des huiles essentielles (Aromathérapie) dont les qualités médicinales sont de plus en plus connues et appréciées, je prescris celles que l’on trouve en pharmacie, ce qui garantit une qualité contrôlée.

Les huiles essentielles (HE) ont des propriétés variées. Il suffit de penser au camphre pour mesurer l’action puissante qu’une HE peut produire. Mais les indications que j’utilise pour leur fiabilité sont leur action en maladie infectieuse. Leur pouvoir antiseptique. De nombreuses HE ont cette propriété antiseptique, à adapter suivant les appareils que l’on veut traiter : ORL, pulmonaire, cutané ou urinaire. Je ne détaille pas les plantes concernées ici. L’intérêt majeur des HE en matière d’infectiologie est l’absence de résistance bactérienne, même si leur pouvoir antibactérien n’est pas au niveau d’un antibiotique bien ciblé, mais d’environ 50% d’activité, car cet avantage peut s’avérer déterminant dans les maladies infectieuses chroniques : broncho-pneumopathies chroniques obstructives (BPCO), dilatations de bronches (DDB) dont l’infection chronique est un nid à bactéries qu’il est facile de rendre multirésistantes, car les antibiotiques ne vont pas au coeur des foyers infectieux pulmonaires, ou en trop faible concentration pour nettoyer à fond ces tissus. La preuve en est qu’un lavage broncho-alvéolaire en fibroscopie pulmonaire de produits antiseptiques ou antibiotiques directs ont une bien meilleure action antibactérienne. Mais c’est une logistique lourde que l’on réserve à des malades au pronostic vital engagé.

En dehors des indications antiseptiques des HE, il y a leur pouvoir anxiolytique, sédatif, pour dormir par exemple. On retrouve aussi les effets endocriniens des HE comme leur source végétale en possède, mais la concentration en substance active en décuple l’activité. Il y a aussi des effets circulatoires, diurétique, coupe-faim, qu’on utilise dans les régimes alimentaires hypocaloriques. Et la boucle sera bouclée en parlant du camphre qui a des effets analeptiques respiratoires, circulatoires, antalgiques, tout comme la menthe. A noter que ce camphre peut provoquer des troubles importants, cardiaques, respiratoires s’il est utilisé sans discernement. Il a été retiré de certaines compositions utilisées pour les rhumes à cause de ses effets secondaires qu’un usage de posologies excessives produit.

Rappelons qu’il faut des fois cent kilos à une tonne de plante pour fabriquer un litre d’huile essentielle. C’est dire la concentration du produit final, et son coût. C’est pourquoi les HE doivent être maniées avec beaucoup de précautions, il faut respecter les indications, les posologies (le nombre de gouttes par jour par voie orale par ex doit être moins de 10 gouttes/jour, toute HE confondue. Sur la peau on peut en appliquer davantage, diluée au 1/10ème par une huile végétale comme le macadamia, dose suivant les plantes mais certaines HE sont contre-indiquées sur la peau. Donc attention, ce n’est pas une médecine douce !!

Retenons simplement que l’action des HE est régulière, efficace et très utile dans de nombreuses indications.

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