AFFECTIONS PSYCHOSOMATIQUES

AFFECTIONS PSYCHOSOMATIQUES
On distingue les affections fonctionnelles et les lésions organiques.

Par affection psycho-fonctionnelle on entend toute altération de fonctionnement d’un organe quelconque du corps, altération qui est liée à des conflits psychologiques. Cette modification des fonctions se fait soit dans le sens d’une exagération du fonctionnement normal soit au contraire dans le sens d’un amoindrissement de la fonction de l’organe considéré. Dans le cadre des troubles somatiques accompagnant les névroses, on a noté qu’il n’y avait pas de lésions d’organes au sens propre. Ici, nous n’aurons pas non plus de lésion d’organe mais nous rencontrerons des manifestations d’altération qui ne vont pas jusqu’à la lésion.

Affections psycho-fonctionnelles

Tous les appareils peuvent être frappés. Donnons quelques exemples de manifestations psycho-fonctionnelles sans toutes les mentionner.

Le coeur. En face d’un conflit, en face d’une peur ou d’une joie, nous savons tous que notre coeur peut se mettre à battre avec une fréquence plus grande que normalement. Imaginons un conflit important latent ; il se peut que le coeur réagisse par une tachycardie permanente ; au bout d’un certain temps, le coeur présentera de légères modifications organiques, par exemple des extra-systoles (c’est-à-dire qu’il va exister des anarchies dans la contraction du coeur). Ces contractions anarchiques peuvent entraîner à la longue des troubles du rythme cardiaque. Il n’y a pas encore d’altération franche du muscle cardiaque, simplement une exagération du fonctionnement normal du coeur.

Les poumons. On peut imaginer, de la même façon que pour le coeur, que l’appareil respiratoire réagit en face d’un conflit. Nous savons tous que l’évocation d’un regret fait soupirer ; c’est bien la traduction au niveau respiratoire d’une nostalgie. Imaginons un conflit plus important : nous pouvons alors présenter des modifications respiratoires qui, sans aboutir à de véritables lésions de l’appareil pulmonaire, gênent considérablement le sujet.

L’estomac. Au niveau de l’estomac de nombreuses modifications peuvent survenir en fonction des troubles psychologiques. L’agressivité, des réactions hostiles à une situation conflictuelle, la répétition d’affects agressifs, augmentent la sécrétion gastrique et donnent des modifications de la muqueuse de l’estomac analogue à celle des gastrites. Ceci ne signifie pas bien sûr que toutes les gastrites relèvent de facteurs de cet ordre.

Cependant les sécrétions de l’estomac sont extrêmement corrélatives des événements de la réalité. On a pu étudier des sujets porteurs de  » bouche de gastrostomie  » : à la suite d’une brûlure de l’oesophage, par exemple, on nourrit ces sujets directement par l’estomac, au moyen d’une sonde. On constate alors que la sécrétion gastrique suit très parallèlement les événements vécus. (Top)

L’oesophage. L’oesophage réagit en face d’un événement par des modifications de ses contractions physiologiques normales. Dans certains cas, le patient a l’impression d’avoir une boule ; c’est la classique  » boule oesophagienne  » qui survient parfois chez des sujets normaux. Ainsi, lorsqu’on passe un examen, il est presque normal de se sentir  » serré  » au niveau de l’oesophage ; c’est un sous-produit de la  » boule oesophagienne « .

on enregistre aussi des troubles de l’appétit : l’anorexie mentale et la boulimie.

Anorexie mentale.

Cette maladie frappe en général les jeunes filles ou les jeunes femmes. Elle se traduit par une perte de l’appétit qui conduit très rapidement à une perte de poids parfois considérable. Pendant longtemps, la jeune fille essaie de dissimuler son état de maigreur en adoptant des vêtements à tissu épais, en enfilant plusieurs robes les unes au-dessus des autres. Parallèlement à la perte de poids, et quelques fois même avant le début d’une chute pondérale appréciable, on note un arrêt des règles. Des perturbations physiologiques importantes surviennent très rapidement. Elles se traduisent par un ralentissement global de tous les métabolismes. Le premier frappé est celui des sucres.

Mais toutes les sphères sont frappées. La baisse du potassium sanguin fait encourir des troubles du rythme cardiaque graves.

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Cette maladie, lorsqu’elle est poussée à son extrême, donne un aspect terrifiant au malade. L’amaigrissement squelettique dessine les traits osseux : on a parfois l’impression de se trouver en face  » d’une tête de mort « .

L’appétit de ces jeunes filles est altéré car elles refusent de devenir une femme. Tout se passe comme si en refusant de manger, elles tentaient de renouer avec le style relationnel qui existait antérieurement entre elles-mêmes et leur mère. C’est un conflit mère-fille qui est en cause. La jeune fille malade demande implicitement à sa mère de lui montrer son amour sous forme de nourriture. Expliquons-nous : lorsque l’enfant est petit, la maman manifeste son amour en nourrissant le petit enfant. Parfois elle rend prévalante la nourriture comme manifestation d’amour par rapport aux autres manifestations d’amour habituelles telles que caresses, baisers ; alors peut-être cette mère a altéré l’appréciation normale des manifestations d’amour que l’enfant attend d’elle. L’amour passe en quelque sorte dans la nourriture aux yeux de l’enfant. Plus tard cette enfant, devenue une jeune fille, a peur pour des raisons diverses de devenir une femme. Elle a tendance à faire un retour en arrière vers ce point de son histoire où sa mère s’occupait d’elle sur un plan exclusivement oral.

Il n’y a pas que les jeunes filles qui présentent de tels phénomènes. L’anorexie mentale se rencontre aussi chez l’homme, mais c’est un fait exceptionnel.

La boulimie. (Top)

A l’opposé, la fonction normale de l’estomac, qui est d’avoir faim, s’augmente en face d’un conflit quelconque. Il est bien connu que lorsque certains d’entre nous sont tristes, ils tentent de réparer cette tristesse en mangeant ; ils retrouvent ce temps de leur enfance où leur maman leur donnait un bonbon pour apaiser leur peine. Il existe une autre forme de boulimie : manger pour se rendre laid et non désirable. Certaines personnes vivent la sexualité comme honteuse, dégoûtante, ou interdite. Pour échapper elles se rendent difformes en mangeant beaucoup. Certains obèses boulimiques arrivent même à tirer un plaisir de leur état dans la mesure où ils sont tellement laids qu’ils attirent le regard de l’autre ; ils satisfont un exhibitionnisme inconscient. L’obésité est alors modérée mais le patient qui en est atteint la monte en épingle ; il s’imagine être parfaitement difforme. Une femme fait des manières devant son miroir et se plaint de présenter une silhouette difforme.

Celle-ci est presque normale. Cette femme mériterait que l’on s’occupe d’elle sur un plan psychologique. En effet, en forçant autrui à regarder un corps queue estime gros, elle satisfait son profond désir de se montrer. Elle ne va pourtant pas jusqu’au bout du plaisir queue pourrait tirer de son exhibitionnisme ; elle l’annule immédiatement en soulignant explicitement que ce queue montre est laid.

Nombre de femmes ne supportent pas d’être porteuses d’un sexe ressenti par leur inconscient comme une béance, comme un manque. Elles se ressentent comme des hommes ratés, comme s’il n’y avait qu’un seul sexe : le sexe masculin. Elles cherchent par tous les moyens à réparer ce qu’elles croient être un manque en elles. Évidemment, ce mouvement est tout à fait inconscient et les chirurgiens esthétiques sont les principales victimes d’une telle demande. Ils refont inlassablement le nez ou le sein de la même patiente insatisfaite. Elle demande au travers de l’intervention une réparation sexuelle inconsciente. Les médecins qui s’occupent de nutrition sont souvent l’objet d’une sollicitation analogue ; en leur demandant de remodeler leur corps, ces femmes exigent en fait des  » réparations  » impossibles à contenter.

Il existe d’autres causes d’obésité. Une cause classique est de maintenir une relation infantile avec la mère. C’est une façon de la posséder : elle s’inquiète évidemment beaucoup de la prise de poids de son enfant. Ce type d’obésité frappe souvent les adultes, qui tentent de récupérer leur mère. Être obèse, c’est une façon de rester entre les parents. Expliquons-nous : en se nourrissant bien, l’obèse renoue avec l’enfance. Il devient à lui seul les deux parents à la fois : il est à lui tout seul son père et sa mère le nourrissant comme autrefois.

Parfois il s’agit de punir les parents. En affichant qu’ils sont gros, ils clament aux parents sans le formuler :  » regardez ce que vous avez fait de moi ; c’est de votre faute : vous m’avez trop couvé « .

Dans d’autres cas, il s’agit pour le sujet atteint d’obésité de se punir pour un méfait quelconque de son histoire.

Le sujet obèse montre à travers son corps fort qu’il est solide. Il affiche une force qui, en fait, ne recouvre qu’une profonde faiblesse.

Toujours dans le cadre de l’appétit, nous rencontrons les troubles psycho-fonctionnels du comportement de l’ingestion des boissons. Si l’appétit peut être frappé en raison d’un conflit, on conçoit aisément qu’il puisse l’être au niveau de la soif. L’alcoolisme peut être conçu comme la réponse à un conflit profond. On pourrait schématiquement le formuler comme la tentative du sujet atteint de renouer avec un sein. Tout se passe comme si l’alcoolique demandait à ingérer un liquide rassurant comme autrefois il ingérait ce que sa mère lui donnait. Il renoue inconsciemment avec son enfance sans pour autant retrouver la paix qu’autrefois il ressentait sur le sein de sa mère.

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Le foie et la vésicule biliaire. Au niveau du foie et de la vésicule biliaire, les troubles psycho-fonctionnels se traduisent par une majoration ou une diminution des fonctions hépatiques avec de multiples retentissements. La vésicule biliaire subit des avatars corrélatifs. Elle donne des troubles douloureux par majoration des contractions physiologiques ou au contraire par une diminution des dites contractions ; on ne note pas à la radio de troubles francs, mais simplement des dyskinésies vésiculaires, c’est-à-dire des troubles du mouvement de contraction de la vésicule et de son canal excréteur, le cholédoque.

Le pancréas. Dans la même perspective, le pancréas répond à des événements de la réalité extérieure, par une hypo ou une hypersécrétion.

Quelques diabètes ont pour origine des troubles psychologiques qui entraînent une réponse du pancréas.

L’intestin. L’intestin est un organe cible pour les troubles psycho-fonctionnels. Il répond de façons différentes. Il diminue sa fonction normale, qui est de se contracter : on a alors affaire à une constipation. Il répond au conflit en augmentant ses sécrétions normales et ses contractions : on aura alors affaire à une diarrhée. Spécifions bien que toutes les constipations ne sont pas d’origine psycho-fonctionnelle. On rencontre schématiquement trois groupes de constipés. Les premiers sont des anxieux : ils ne peuvent pas exprimer leur mécontentement et leur agressivité. Les seconds sont des patients qui cachent (symboliquement  » retiennent « ) des événements de leur vie intime. Les troisièmes résultent de la combinaison des deux cas précédents.

Les affections avec lésions d’organes (Top)

Nombre d’auteurs se sont penchés sur le tableau psychologique des ulcères. Le conflit qu’ils présentent est celui d’une non résolution entre deux tendances contraires : les tendances passives réceptives d’une part, et les tendances actives de l’autre.

Profondément, l’ulcéreux désire satisfaire ses tendances passives réceptives qui sont le plus souvent inconscientes. Elles consistent en un besoin intense de recevoir d’autrui la nourriture, d’être pris en charge par lui, dorloté, soutenu, guidé, autrement dit parfaitement dépendant.

Cette attitude infantile, toujours présente chez l’adulte mais inconsciemment rejetée, est compensée par une attitude opposée réactionnelle où le sujet se montre indépendant, actif, clamant sa liberté.

L’incidence d’un tel conflit sur l’estomac résulte du fait qu’être dépendant et être nourri sont synonymes pour l’enfant. Lorsque plus tard l’adulte renonce à sa recherche de dépendance, son estomac présente des modifications de sécrétion et d’innervation.

Les affections psychosomatiques allergiques. On parle d’allergies psychosomatiques chez certains asthmatiques, eczémateux, sujets atteints de rhume des foins, de coryza spasmodique, d’urticaire. Les allergiques ont un style relationnel très particulier. Contrairement aux névrosés qui ont une relation  » à distance « , ils tentent de se rapprocher au maximum d’autrui.

Les affections psychosomatiques vasculaires. Elles réalisent l’hypertension artérielle et les coronarites (angine de poitrine). Ces deux affections touchent le même type de personnalité : en général des individus qui contiennent un conflit qu’ils ne peuvent pas exprimer. L’agressivité retenue est au premier plan. Tout se passe comme si l’agressivité se retournait sur les sujets eux-mêmes. Les patients se contrôlent en permanence ; ils dominent leurs désirs inacceptables pour leur conscience morale et la société. Les conflits les plus souvent rencontrés sont d’ordre hiérarchique ; il peut s’agir aussi d’un désir sexuel qui n’arrive pas à se satisfaire pour des raisons morales par exemple. Chez les femmes le conflit n’est pas hiérarchique ; il est cependant de même ordre dans la relation avec l’époux qui, souvent, domine avec excès. Parmi les autres causes entraînant un état conflictuel chez les hypertendus et angineux, on note la peur que ne survienne un événement précis dans la réalité : par exemple la peur qu’un enfant qui a commis des larcins ne devienne voleur, qu’un parent qui a fait un infarctus ne récidive, etc.

Il arrive que ces sujets « explosent » lors d’un accès de colère ou d’émotion. Loin de vider le contenu conflictuel, ces accès renforcent la pathologie du sujet ; en effet la culpabilité qui fait suite à ces explosions vient attiser le conflit.
Les thérapeutiques (Top)

La psychanalyse

Les troubles psychosomatiques des névroses relèvent de la psychanalyse.

Il s’agit d’une technique de l’exploration de l’inconscient à partir des rêves, des associations de pensée du patient et de l’étude du type de la relation qu’il engage avec le thérapeute. Le médecin ou le psychologue qui fait ce type de traitement est hautement spécialisé. Il est nécessaire qu’il soit lui-même psychanalysé afin qu’il puisse percevoir ce qui se passe dans son propre inconscient en présence de son patient. La psychanalyse est une thérapeutique longue et onéreuse ; elle nécessite la rencontre au moins trois fois par semaine (à raison de 45 minutes par séance) du thérapeute et de son patient. Ces rencontres s’étalent sur des mois. La psychanalyse aboutit dans de bonnes mains à un épanouissement total de la personnalité.

La relaxation

Les troubles psychosomatiques des affections psycho-fonctionnelles relèvent de la relaxation.

Il s’agit d’une technique de détente du corps. Le thérapeute apprend au patient à relâcher segment de corps par segment de corps des groupes musculaires déterminés. La technique la plus employée est celle de Schultz, du nom de son auteur. La relaxation est idéalement pratiquée par un psychanalyste, mais ce n’est pas toujours nécessaire. La relaxation conduit à de bons résultats si le patient poursuit ses exercices une fois séparé d’avec son thérapeute.

La psychothérapie

Les troubles psychosomatiques du  » groupe somatique  » relèvent de la psychothérapie. Il s’agit d’un abord de la psyché du malade qui peut se faire à plusieurs niveaux. La plus courante des psychothérapies est celle dite de soutien. Elle est pratiquée par des praticiens non spécialisés. Il s’agit d’aider le malade par des conseils limités. La psychothérapie de soutien ne vise jamais à explorer l’inconscient par opposition aux psychothérapies profondes ; celles-ci nécessitent idéalement des thérapeutes de formation psychanalytique. Il s’agit d’entretiens de fréquences répétées, destinés à rendre conscients les conflits inconscients du malade. Dans certains cas on peut pratiquer des psychothérapies de groupe : un thérapeute et plusieurs patients.

Aujourd’hui, il est indispensable que les psychothérapies soient évaluées, afin de promouvoir celles qui présentent les meilleures résultats, voire pour permettre de faire évoluer les pratiques vers de nouvelles formes de thérapie. Par exemple, il est admis que les thérapies qui font appel au corps, à la mémoire du corps et au ressenti corporel des patients permettent d’aller plus vite au coeur des conflits qui pourraient rester longtemps refoulés au regard de l’intellect.

Mais ces types de thérapies sont encore trop souvent récupérées par des praticiens peu formés, voire des mouvements de développement personnel qui ne peuvent pas permettre d’exploiter à fond sur le plan psychothérapeutique les possibilités vastes de ce type d’approche corporelle en matière de psychothérapie. Chapitre à suivre, donc !…

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