MEDECINE PSYCHOSOMATIQUE

MÉDECINE PSYCHOSOMATIQUE

INTRODUCTION  / LE CORPS -ESPRIT / FACTEURS DECLENCHANTS  / TENDANCES ACTUELLES

La Médecine Psychosomatique s’inscrit dans une prise en compte plus globale de la maladie. Au lieu de circonscrire les causes de maladie à des facteurs extérieurs (microbes…) ou intérieurs -génétiques- , nous incluons le rôle du psychisme. Mais inclure le facteur psychologique de la personne implique aussi de tenir compte de facteurs environnementaux, sociaux, voire culturels tant il est vrai qu’ils retentissent sur le psychisme et peuvent être source de maladie.

Ce n’est pas une spécialité médicale car sa situation la place en relation avec plusieurs, voire toutes les spécialités. La psychiatrie pourrait offrir une approche psychosomatique, cela semblerait aller de soi. Non point. Son approche exclut pratiquement les symptômes somatiques pour ne considérer que les symptômes psychiques. Question d’école de pensée. Donc, ce sont des praticiens de terrains, généralistes souvent, qui s’intéressent et approfondissent leurs connaissances et l’approche psychosomatique des maladies. Il est bien clair que tous les médecins font de la médecine psychosomatique, mais avec une sensibilisation variable, allant du « ce patient est un dystonique », sous-entendu « ce patient devrait aller voir un psy », à un écoute attentive de grande qualité peut-être plus fréquente qu’on ne le croit habituellement.

Qu’est-ce qui échappe à la médecine psychosomatique ? Pas grand chose! Mais tout n’est pas sur le même plan. Nous devrons distinguer clairement  l’asthme et l’infarctus ; l’infection ordinaire et le cancer… Ce ne sont pas les mêmes mécanismes qui sont en cause, ni dans leur durée, intensité et conséquences. Le pourcentage psycho/somatique varie suivant les pathologies et les individus, voire les moments pour le même individu.

Nous distinguerons également le sens d’action psycho –> somatique et l’inverse, du corps vers le mental : somato –> psychique. Car les deux aspects sont sinon simultanés, du moins séquentiels, c’est-à-dire se suivent, le plus souvent. Prenons un exemple. Vous déprimez pendant des années. Cela finit par affaiblir vos défenses immunitaires qui laissent passer une cancérisation, laquelle, étant découverte, va encore aggraver la dépression ou contraire parfois ressusciter des forces insoupçonnées pour lutter contre le cancer. Telle une boucle de rétroaction. C’est dire que chaque patient est un cas particulier ici plus qu’ailleurs et qu’on devra le soigner dans cette évidence.

Ces préliminaires vous font entrevoir toute l’étendue de la médecine psychosomatique, de l’approche psychosomatique des maladies !

LE « CORPS ESPRIT ».

La description des rapports du corps et de l’esprit existe depuis des siècles. Voyez l’historique

 C’est dire qu’il fallait arriver au XXème siècle pour faire quelques lumières sans préjugés sur cette question ancienne!

Nous parlons aujourd’hui d’unité psychosomatique, prise en compte à la fois par
la psychologie,
la psychanalyse,
et la médecine somatique,
en particulier dans ses recherches les plus fondamentales d’éclaircissement des relations corps-esprit, autrement dit corps-système nerveux central/activité mentale, affective, neurovégétative. Il n’est pas nécessaire aujourd’hui de faire appel à des notions non scientifiques pour approcher le psychosomatique. Les découvertes récentes démontrent le rôle du système nerveux central dans la causalité des maladies psychosomatiques. Mais, ce qui est plus inattendu, c’est le rôle actif de tous les organes du corps dans la relation psychosomatique, par les messagers chimiques, médiateurs et hormones qui interagissent avec le système nerveux central, modulant son activité. L’histoire se complique et à la fois s’éclaircit. Quand on connaît les mécanismes d’action, même complexes, de certaines maladies psychosomatiques, des facteurs très disparates se trouvent réunis.

La notion de causalité psychosomatique fait l’objet d’incessantes réflexions. Plusieurs formulations ont été proposées:
théorie du traumatisme (Freud),
théorie des personnalités prédisposées (Dunbar),
théorie émotionnelle (l’alexithymie de Sifneos),
théorie économique (désorganisation progressive et vie opératoire de Marty), etc.

Facteurs déclenchants

Ils sont établis en fonction de théories du développement des maladies psychosomatiques: Sifneos a proposé en  1972 la notion d’alexithymie pour désigner le fonctionnement de nombreux patients souffrant d’affections organiques chroniques. L’alexithymie aurait quatre composantes:

     l’incapacité à reconnaître et exprimer ses émotions
la limitation de la vie imaginaire;
la tendance à recourir à l’action;
la description détaillée des faits, événements, ou symptômes physiques.

Stress : notion élaborée par Selyé (1962). Couramment évoqué par l’homme de la rue comme cause de nombreux maux.

Événements de vie : échelle d’événements de vie éprouvants composée par Holmes et Rahe (1978) suite à des compilations
statistiques.

Facteurs de vulnérabilité ou de résistance au stress : profil comportemental de type A ou coronarogène par Friedman et
Rosenman (1959).

Stratégies d’adaptation : théorie du « coping » ou des stratégies cognitivo-comportementales d’ajustement par Lazarus (1980)

 Quelques tendances actuelles: 

   La psychoneuroimmunologie: un domaine en pleine expansion et qui a donné lieu à toutes sortes d’études sur les rapports complexes
entre divers facteurs psychosociaux et les systèmes nerveux central, immunitaire et endocrinien ( cf. notamment Ader, 1991)

  Vers un renouveau de la théorie psychanalytique en médecine psychosomatique:

Dejours C. (1995): réflexion sur le primat de la souffrance et du sens, réhabilitation de l’événement, proposition d’accorder le primat à l’intersubjectivité sur la structure,de s’appuyer sur un principe constructiviste; intuition qu’il n’y a pas de causalité psychique

Fine A. (1994): la maladie organique et ses remaniements psychiques; exploration des états traumatiques associés à la maladie, de la régression narcissique et de ses avatars, des mises en tension des pôles dépendance/indépendance, des pôles passivité/activité, des remaniements du travail du trépas.

Pedinielli JL. (1993): psychopathologie du somatique, la « maladie-du-malade »: réflexion sur l’écart entre le fait somatique et sa représentation, entre le discours médical et sa reproduction par le sujet malade; interrogation sur la capacité du sujet à se faire entendre malgré son atteinte physique ou grâce à elle.